Ce message s'adresse particulièrement à une de mes tantes prénommée Céline qui m'a demandé de décrire une journée type de ma vie à Dakar.
7h du matin, je me réveille, comme à mes habitudes, je prends rapidement une douche et je ne prends pas le temps de déjeuner, de toute façon à part de l'eau en bouteille, y a rien dans le frigidaire ! La seule chose que j'apprécie, c'est de ne pas faire mon lit, je sais qu'en rentrant les draps auront été lavés et que le lit sera nickel. En effet, j'utilise les services d'une domestique, celle de mon propriétaire, elle me lave deux fois par semaine mes affaires, et fait rapidement le ménage tous les jours, rapidement car je ne suis pratiquement jamais chez moi suite à des heures intensives au boulot, j'ai compté....je travaille environ 70 heures par semaine, 2 fois les horaires "fonctionnaire" en France ! Je ne plains pas, cette vie pour le moment je l'ai choisi !
à 7h20 je suis sorti de chez moi, décrivons les différents de début de journées suite aux différents moyens de transport :
1- l'époque où je jouissais de ma voiture Citroën C3 : 3/4 d'heure pour aller au travail, non pas que c'est l'esperado, mais que notre cher Président Sénégalais a eu la belle idée de faire commencer les chantiers juste avant les élections, une méthode bien à la française ! donc on s'impose, je suis toujours dans le peloton de départ et dès que je peux prendre la fuite au milieu de tous ces taxis polluants, je me prive pas ! un vrai effort de conduire dans Dakar !
2- Après l'accident avec ma voiture, j'ai du faire face aux taxis chaque matin, et tous les matins, même topo ! faut négocier ! Y a des matins, j'ai cru que j'allais devenir fou. Avant tout il faut savoir que le trajet de chez moi à mon bureau, c'est 2.000 Fcfa en taxi, et bien-sûr quand un toubab en costard demande à se faire emmener, c'est de suite 5.000 Fcfa le premier prix ! Alors là le taximan commence à me voir tout rouge, et je lui dis la phrase typique du matin "mon frère, je travaille ici depuis 2 ans et je fais tous les jours le même trajet, dava cher (c'est cher") wani ko (faut baisser), bon là le gars je luis sors deux mots en wolof, il commence à comprendre que je suis pas nouveau dans le pays et qu'il va devoir appliquer le prix du marché mais non le mec il s'obstine et il me dit 3.000 Fcfa ! donc là je fais semblant de me barrer et finalement il me prend..Durée du trajet : ca change pas avec ma propre voiture, c'est -à dire 3/4 d'heure sauf que j'ai perdu 10 minutes à négocier et c'est la même rengaine tous les matins !!!!
3- Enfin, j'ai eu l'autorisation de prendre le scooter pour rentrer, le seul hic, c'est la pollution, c'est pas la cigarette qui va me tuer, avec tout le gazole que je prends dans les poumons, les véhicules ressemblent tous à des épaves alors imaginez le moteur !
Par contre j'adore le scooter :) avec mon casque des années 60, je fais la fureur de Dakar, tout le monde me craint, on me nomme "la scooter terreur".
Donc là durée du trajet : 1/5 d'heure, c'est à dire 2 fois plus rapide mais 2 fois plus dangereux aussi !
J'arrive donc au boulot sur les coups de 8h30, je regarde mes mails, apprécie de voir quelques blagues envoyées par mon père et ensuite 9h, après avoir vu un bon café, j'attaque la journée !
la première heure, c'est l'enregistrement des contrats à la direction des impôts et comme tout fonctionnaire qui se respecte, c'est tranquille tranquille sur le hamac, ils enregistrent jusqu'à 11h du mat et il faut attendre le lendemain pour récuperer le dossier ! Le Sénégal un pays de patience ! Vers 10h, je fais mon phoning, je relance les clients, je fais du suivi, je commercialise en sortant mon violon de commercial et en étant vigilant de ne sortir que les bonnes notes. 11h, je commence à rédiger mes dossiers que je devrais présenter le soir-même à mon boss, la rédaction des dossiers peut durer des heures, c'est beaucoup de recherche, d'analyse comptable, de saisie comptable, un travail passionnant et une compréhension de la configuration d'une entreprise très intéressante. Au Sénégal, il y a le formel et beaucoup d'informel. C'est à dire que beaucoup d'entreprises ne possèdent pas d'états financiers mais peuvent gagner des milliards et c'est à nous, spécialiste de l'informel, de prendre une décision de finanement ou non suite à notre visite auprès de ce type de clients.
Le soir, je prépare ma réunion avec mon directeur, on fait le point sur la journée et je lui présente les dossiers à valider par le comité directeur se trouvant en Côte d'Ivoire. Fin de la journée : 21h / 21h30. On peut penser qu'en Afrique les gens ont la vie tranquille, FAUX ! le cadre est très plaisant certes mais nous devons combler le retard que nous impose le système africain, et donc les horaires sont interminables.
Le soir, je ne peux rentrer chez moi seul, problème psychologique vous allez me dire...sûrement, je vais donc souvent boire un verre dans un cadre plaisant avec des gens plaisants..mais où ai-je la tête, le programme de mes soirées maintenant a été bousculé ! et ce séisme s'appelle Cécile. Mais restons calme, suffisamment de personnes me connaissent pour être sceptique sur cette nouvelle histoire de coeur, et je les comprends, je vis de toute façon au jour le jour, sans vraiment me poser de questions. Cécile, un prénom proche de mes vieux démons. Un coup du diable pour me rappeler à mes vieux souvenirs. La vie est toujours pleins de signes, ces signes j'en suis amoureux, en fait je suis amoureux de la vie, je suis amoureux de ces personnes que je rencontre et qui sont différents. Il y a toujours quelque chose à apprendre chez chacun et l'Afrique regorge d' exemples.Je dis merci à la vie pour cette accident de voiture, je lui dis aussi merci pour le chemin qu'elle me trace et que je découvre chaque jour.
Mais surtout je remercie mon grand-père, c'est grâce à lui que je suis dans un autre pays aujourd'hui, c'est lui qui m'a donné envie de découvrir d'autres cultures, de pouvoir un jour raconter à mes petits-enfants l'histoire de leur grand-père, aux USA, en France, au Sénégal et j'espère dans d'autres pays. Merci à toi Grand-père !